Le plan de soutien à la filière ovin viande annoncé par le ministre de l’agriculture (voir ici le détail) apporte quelques mesures limitées mais ne permettra pas en l'état de résoudre les graves difficultés auxquelles sont confrontés les éleveurs.
Mesures conjoncturelles
L’avance au 16 octobre au lieu du 1er décembre du paiement de la moitié des aides Pac du 1er pilier (si Bruxelles donne son accord), le report ou la prise en charge des cotisations sociales Msa, la prise en charge des intérêts d’emprunts long et moyen terme des éleveurs les plus touchés par la crise (3 millions d’euro au niveau national), et enfin l’aide directe destinée à soutenir les démarches qualité (12 millions d’euro) vont certes apporter un peu d’oxygène à certains éleveurs parmi les plus en difficulté ; Mais on peut néanmoins s’interroger sur le saupoudrage qui résultera des faibles sommes allouées au niveau du volet aides directes (12 millions d’euro) ainsi que sur les critères d’attribution sélectifs retenus (seulement la moitié des éleveurs sont éligibles au taux de 50% minimum de spécialisation requis, et sont également exclus du dispositif les troupeaux comprenant moins de 150 brebis allaitantes soit près de 80% des éleveurs).
Pourquoi d’autre part opposer les éleveurs en démarche qualité officielle et ceux qui ne le sont pas ? Tous les éleveurs souffrent de la crise. Les éleveurs qui ne sont pas en label ou en bio ne sont pas des éleveurs agro industriels, l’immense majorité d’entre eux sont des petits ou très petits éleveurs qui font de la qualité, mais ne rentrent pas en démarche officielle pour ne pas subir les pratiques insupportables de la grande distribution. Doivent ils être laissés pour compte ?
Mesures « structurelles » : Le parent pauvre
Le plan ministériel comprend en outre des "mesures structurelles" qui doivent permettre de "dynamiser l'élevage ovin et de renforcer la compétitivité de la filière" (renforcement de l’organisation de l’offre et de la qualité, limitation des effets de la concurrence par une harmonisation des règlements sanitaires nationaux et par une révision des modalités d’étiquetage, structuration des moyens d’amélioration génétique autour de 6 pôles régionaux, accent mis sur la formation initiale et continue des éleveurs et des techniciens ovins et enfin réflexions et propositions à l’occasion du bilan de la Pac 2008 et de la prochaine présidence française « pour assurer le maintien d’une production ovine dynamique, en particulier sur les territoires les plus fragiles »)
A aucun moment ce volet pourtant qualifié de structurel n’aborde la nature des graves difficultés que rencontre la filière ovin viande nationale à savoir des prix à la production inférieurs de moitié à ceux des prix de revient, la hausse vertigineuse des coûts de productions (foin, céréales, carburants,…) les importations massives de viande de basse qualité à bas prix, et surtout celle des pratiques de la grande distribution, qui forte d’une position quasi monopolistique (75% du marché ovin en France) et de l’absence de volonté politique, impose ses conditions : Le prix de l’agneau payé à l’éleveur à beau diminuer depuis des années, les importations à très bas prix ont beau inonder les étals, à aucun moment le prix de la viande n’a baissé pour le consommateur, tout au contraire. Où va l’argent ?
Alors que la France dispose d’un potentiel naturel et d’une tradition et d’un savoir faire ovin remarquables et enviables, et alors que les efforts de modernisation et d’amélioration de la qualité ont été considérables depuis une quinzaine d’années nous situant parmi les tout premiers au monde dans ce domaine, le bilan est catastrophique : La France est devenue depuis le début des années 2000 le premier importateur mondial de viande ovine, elle perd chaque année 500 éleveurs ovin viande, le troupeau national continue inexorablement de diminuer et le revenu moyen des éleveurs ovin de boucherie est le plus bas de tous les agriculteurs.
Peut on sérieusement penser que l’élevage ovin national pourrait remonter la pente sans agir sur ces facteurs ?
Les fédérations Modef des hautes Alpes et des Alpes de Haute Provence font des propositions
Mesures conjoncturelles : Augmenter sensiblement les enveloppes aides à la trésorerie et permettre à tous les éleveurs en difficulté d’y avoir accès (10 brebis suffisent pour être considéré comme éleveur, il faut donc supprimer le seuil de 150 brebis. Il faut par ailleurs absolument placer à 25% le taux minimum de spécialisation, les éleveurs ovin viande en zone de montagne sèche défavorisée étant pour la plupart des polyactifs – lavandes, céréales, fruits, légumes, élevage, et agri tourisme. Enfin, il n’est pas normal que les éleveurs qui ne sont pas en démarche qualité officielle soient exclus du dispositif). Dans le cadre de la présidence française de l’Union Européenne le Modef demande d’abroger la directive « de minimis » qui limite considérablement les aides en cas de crise et de lui substituer un dispositif de soutien fondé sur le revenu disponible. Ce n’est pas en limitant de manière drastique les aides conjoncturelles qu’on résout les problèmes, mais en adoptant des mesures structurelles qui s’en prennent aux causes des difficultés.
Mesures structurelles. Il faut en priorité des prix rémunérateurs. Le Modef continue de demander 3 mesures de bon sens : interdiction de tout dumping entre pays producteurs européens par des négociations d’Etat à Etat et par une réglementation communautaire contraignante, arrêt des importations à bas prix notamment en provenance de l’hémisphère sud (mais pas seulement) pendant les pics de production nationaux (printemps), dispositif législatif encadrant de manière très stricte les pratiques des géants de la distribution (suppression des marges arrières, coefficient multiplicateur, dispositif protégeant les abattoirs de tout contrôle par les centrales d’achat)
Qualité : Le Modef est pour poursuivre l’effort qualité et la modernisation de l’élevage ovin viande mais cela suppose de ne laisser sur la touche aucun des éleveurs qui ont le plus de besoins dans ce domaine. Il faut donc des moyens, mais aussi des critères correspondants que ce soit au niveau des aides mais aussi des prêts. En matière d’amélioration génétique, la création de pôles régionaux peut avoir des aspects positifs mais pourquoi avoir abandonné le dispositif de soutien national dans ce domaine ? Ne prend on pas le risque d’aller vers des transferts de charge sur les collectivités avec toutes les inégalités qui en résulteraient ? Les prix rémunérateurs sont par ailleurs un aspect décisif de toute politique qualité, quand on sait que dans l’immense majorité des cas les efforts en matière de qualité ne sont pas rémunérés au juste prix.
Traçabilité : Le Modef soutient la démarche qui consisterait à différencier de manière plus claire l’étiquetage des produits d’importation de celui des produits nationaux. Mais est il normal que les éleveurs soient aujourd’hui transparents et sévèrement contrôlés en matière de traçabilité et que la distribution le soit beaucoup moins ? Une politique réussie en matière d’étiquetage peut elle par ailleurs se passer d’une grande campagne médiatique de promotion de la qualité ovine française ?
Formation : Une politique de formation en direction des éleveurs, bergers et des techniciens est indispensable, mais à condition de s’adresser à tous, avec des moyens correspondants. Au delà des moyens en formations, une politique volontariste d’installation est indispensable.
Equarrissage : Faire payer les éleveurs comme il vient d'être décidé de le faire pour combler le déficit du service public est un non sens économique porteur de très graves injustices et d'inefficacité, dans la mesure où cela introduit une distorsion de concurrence supplémentaire avec les pays producteurs à bas coût de production. A-t-on besoin de cela, alors précisément que les intermédiaires s’enrichissent pendant ce temps grâce justement aux importations à bas prix ?
Politique Agricole Commune : Maintien des aides aux zones défavorisées, revalorisation et pérennisation des aides agri environnementales sont fondamentales pour l’élevage ovin français (peut on mettre sur le même plan la structure des petits ou moyens troupeaux nationaux du fait de nos contraintes naturelles et ceux de Grande Bretagne ou des grandes plaines d’Europe centrale par exemple?). En ce qui concerne les aides du premier pilier, l’application du principe de préférence communautaire et la situation de l’élevage ovin exigent le recouplage à 100% des aides avec la production et le recouplage des aides avec les prix supprimé au début des années 2000.
Peut on agir efficacement pour maintenir et développer l’élevage ovin national, pour reconquérir des parts de marché sans demander l’avis des principaux concernés ? Le Modef réitère sa demande d’un grand débat public national sur les enjeux cruciaux de l’élevage ovin et de son avenir, ainsi que la tenue sous la responsabilité du gouvernement, avec tous les acteurs concernés d’un grenelle des prix agricoles afin de définir les mesures législatives indispensables en matière de prix rémunérateurs.