L’élevage ovin viande connaît une crise sans précédent. Les prix à la production de l’agneau sont en chute libre. Ils subissent depuis maintenant plus de 3 mois un effondrement qui se situe entre -15 et -20% par rapport à la même période de 2006. Depuis le début de l’année, jamais de mémoire d’éleveur les cours de l’agneau n’avaient été aussi bas. Ils se situent actuellement à des niveaux qui sont inférieurs de plus de moitié aux coûts de production.
Cette crise est d’autant plus grave que les éleveurs subissent de plein fouet les conséquences des aléas climatiques sur le fourrage et une montée en flèche des prix des aliments de complémentation des troupeaux, sans oublier la hausse de certaines matières premières comme le carburant ou les engrais, ni les fortes contraintes liées à la pression désormais croissante du loup.
Cette crise est la conséquence directe de la réforme de la PAC de 2003, qui en devançant et allant même plus loin que les hypothétiques accords OMC, a remis en question les outils de régulation du marché ovin européen et réduit à sa plus simple expression les protections aux frontières.
Le découplage des aides ovines communautaires à la fois des prix et des produits instauré par Bruxelles est une aberration qui conduit nombre de grands pays producteurs ovins européens à se désengager de ce secteur pour aller vers des productions « plus rentables », grandes cultures, biocarburants,…. Ce faisant, on alimente une guerre des prix intra communautaire sans merci en vue de récupérer les marchés ovins, on attise encore la concurrence des pays de l’hémisphère sud, tout cela au bénéfice exclusif de la grande distribution qui profite de la situation pour accroître ses marges et ses profits.
Cette concurrence érigée en modèle et qui s’apparente désormais à une guerre ouverte broie les hommes et leur travail et transfère à la grande distribution l’essentiel de la valeur ajoutée. Pour preuve, alors que les cours s’effondrent, les prix à la consommation de la viande d’agneau n’ont pas baissé, loin de là.
Le découplage partiel mis en place par la France n’y suffit pas. Le troupeau ovin national continue de baisser dangereusement.
Le Modef des Hautes Alpes demande aux pouvoirs publics de prendre la mesure de cette crise et de réagir
Si on ne veut pas voir les éleveurs disparaître dans les zones où ils sont les seuls acteurs de l’économie locale, de l’aménagement du territoire et de l’entretien de l’espace, si on ne veut pas voir ruinés les efforts qualité effectués par la profession, et enfin si on ne veut pas accroître encore le lourd déficit en viande ovine de notre pays (60%) ni celui de la communauté (30%), il est absolument vital que toutes les dispositions soient prises, tant d’un point de vue conjoncturel que structurel.
- Report sans intérêt des annuités en fin d’échéancier, moratoire sur les cotisations sociales,
- Instauration d’un plan national volontariste de relance de la filière ovin viande qui passe avant tout par une politique de prix à la production ambitieuse : Préférence communautaire, clause de sauvegarde, arrêt du dumping entre pays producteurs intra européens, encadrement des pratiques et des marges de la grande distribution avec notamment la mise en place du coefficient multiplicateur et la suppression des marges arrières.
Le Modef des Hautes Alpes