Une évolution défavorable du climat
Une grande majorité de producteurs de lavandes de la région Paca ne peut que constater les dégâts : faisant suite au gel intense de l’hiver dernier (-10 à -20°), la sécheresse qui sévit depuis le printemps 2006 a fini par avoir raison d’une large partie de leurs plantations et de leurs récoltes.
Cette situation touche à des degrés divers toute la zone de production (Vaucluse, Alpes de haute Provence, Drôme, Hautes Alpes), avec des secteurs un peu plus épargnés en fonction de la localisation des orages ponctuels du début de l’été ou des sites d’abri moins touchés par le gel. En l’état actuel des informations les plantations et les récoltes de Paca pourraient au total être amputées de près de 50% plongeant les producteurs dans le plus grand désarroi.
Au-delà des conséquences de la crise climatique de l’année en cours, il faut également prendre en considération les effets de la répétition de conditions climatiques défavorables durant les trois dernières années. Les lavandes paient sans discontinuer depuis 2003 un tribut plus ou moins marqué au durcissement du gel et de la sécheresse. D’une part les plants de remplacement n’ont pas encore eu le temps d’arriver à maturité pour pouvoir entrer en production (3 ans au minimum), et pire, ils ont parfois eux mêmes été affectés par le gel et la sécheresse. De quoi décourager les plus convaincus, à tel point que nombre de producteurs s’interrogent de plus en plus sérieusement sur la poursuite de leur activité.
Le « dépérissement » de la lavande
Aussi marquée soit elle, la dégradation des facteurs climatiques n’est pas seule en cause dans la gravité de la situation. Elle ne fait que favoriser une affection connue de la lavande, communément appelée « dépérissement ». Il s’agit d’une maladie transmise par certains insectes (cicadelle,…) aboutissant à dessécher certaines parties ou la totalité de la plante. Observée pour la première fois dans les années 30, cette maladie a connu ensuite une longue période d’accalmie, avant de réapparaître sporadiquement au milieu des années 90. Sans que les chercheurs ne puissent encore en déterminer avec précision les causes exactes (stress, évolution des populations d’insectes,…), il s’avère que les conditions climatiques qui se manifestent depuis 2003 ont pour effet d’affaiblir considérablement les défenses de la lavande cultivée et de permettre l’expression à très grande échelle de la maladie, avec les conséquences dramatiques que l’on constate aujourd’hui.
Certains remèdes sont connus, notamment par la mise en œuvre de protocoles de traitements appropriés contre certaines populations d’insectes, mais ces traitements ne sont pas toujours efficaces. Une solution beaucoup plus radicale contre le dépérissement, solution qui a fait ses preuves dans l’immense majorité des cas, est l’utilisation de plants sélectionnés résistants à la maladie. Notons par ailleurs que des recherches sont engagées pour déterminer si de nouvelles espèces d’insectes ne seraient pas non plus à l’origine de la situation actuelle et pour apporter le cas échéant des solutions techniques adaptées.
La nécessité cruciale d’une intervention des pouvoirs publics
Dans un contexte de libéralisation des marchés mondiaux et de baisse des prix déjà catastrophique, le fléau du dépérissement pourrait signer la fin de la production, la lavande étant il faut le rappeler une petite filière extrêmement fragile au plan économique. L’enjeu dépasse la simple survie des producteurs, il porte également sur l’image de la Provence et sur le maintien de l’activité touristique locale et régionale. Compte tenu de la gravité de la situation, les multiples atouts de la production provençale par rapport à la concurrence bas de gamme à bas prix d’Europe centrale et d’Asie (en terme de savoir faire et de qualité, notamment dans le cadre de l’AOC), ne pourront servir de point d’appui pour maintenir et développer la filière que si les pouvoirs publics prennent pleinement conscience des enjeux et ont la volonté d’agir énergiquement pour soutenir la production.
Le Modef Paca demande la mise en place immédiate d’un plan de soutien à la lavande
Aides conjoncturelles
- Activation immédiate des procédures calamités dans tous les départements concernés sans exception (Vaucluse, Alpes de Haute Provence, Hautes Alpes, Drôme), afin d’indemniser correctement les producteurs des pertes subies.
- Reports d’échéances (sans intérêts) des cotisations sociales et fiscales et des prêts bancaires
Plan à court/moyen terme
- Mise en place d’un programme d’aide à la replantation en lavandes résistantes au dépérissement
- Soutiens à la recherche
- Pérennisation de l’aide de 3 euros/kg à la qualité AOC
- Instauration d’une aide agri environnementale (MAE) spécifique à la lavande (toutes variétés confondues) avec le soutien déterminé de Bruxelles
- Grande campagne nationale et européenne de sensibilisation/promotion grand public, pas seulement comme jusqu’ici sur la lavande en général, mais aussi sur la qualité AOC provençale.
Les contrats de projet Etat/région et le FEADER 2007/2013 actuellement en cours d’élaboration doivent être l’occasion pour l’Etat d’afficher clairement les ambitions de la France pour la lavande y compris en terme d’engagements financiers. C’est la condition sine qua non pour redonner espoir et confiance aux producteurs et pour pérenniser la filière.