Une récolte catastrophique
Une récolte de miel normale s’établit en moyenne en Paca à 25 kg par ruche et par an. Du fait de la sévérité de la sécheresse et des températures élevées qui ont affecté cette année les plantes mellifères, la récolte de miel ne se portera au total qu’à 5 kg, constatent avec désarroi les producteurs.
Il s’agit de très loin de la plus mauvaise récolte jamais enregistrée dans la région, une récolte qualifiée de catastrophique par l’immense majorité des apiculteurs.
Lavandes, lavandins, romarin, thym, fleurs en général : presque toutes les plantes mellifères régionales ont été gravement touchées. Et si l’acacia a pour sa part donné plus de miel cette année qu’en année normale, ce dernier reste relativement secondaire dans la région et de toute façon les cours du miel d’acacia se sont dans le même temps effondrés.
La miellée de printemps aura été extrêmement faible, et la miellée de mai juin a été nulle dans quasiment toute la région. La pluie étant pour l’heure toujours insuffisante pour assurer la floraison d’automne dans de bonnes conditions, les perspectives à venir pour des plantes comme le lierre ou le fenouil demeurent peu encourageantes.
Circonstance aggravante à ce tableau déjà très largement négatif, la traditionnelle « miellée de miellat » effectuée saisonnièrement en Crau par les ruchers transhumants (non pas sur des fleurs, mais à partir de sève récoltée par certaines colonies d’insectes), est elle-même depuis plusieurs années en nette diminution.
Le cheptel apicole est lui aussi touché
Les conditions climatiques défavorables n’affectent pas uniquement la production de miel, mais également la reproduction des abeilles et le cheptel apicole lui-même. Rien que pour l’année en cours on estime à 25% les pertes potentielles du cheptel liées à la sécheresse et à la canicule.
Contrairement à une idée reçue, des insecticides comme le gaucho et le régent, quand bien même ces produits ont un effet bien réel sur la mortalité des abeilles, ne suffisent pas à tout expliquer. Les ruches situées en dehors des zones concernées par ces produits sont elles mêmes affectées par la mortalité, constate t-on du côté de nombre d’apiculteurs.
Le constat ne s’arrête pas à la très mauvaise année en cours. Cela fait maintenant 3 années que les apiculteurs de Paca enregistrent une baisse importante de leur production et de leur cheptel, essentiellement du fait de la dégradation du climat. 2006 ne fait qu’accentuer de manière dramatique un processus déjà engagé depuis maintenant plusieurs années, ce qui amène les producteurs, avec le soutien du Modef à lancer un cri d’alarme aux pouvoirs publics, en leur demandant l’activation des procédures calamités agricoles afin de leur permettre de pérenniser leur activité. En terme de sécheresse, l’apiculture ne doit pas passer à la trappe face aux grandes filières, qui disposent de lobbies puissants.
Prendre en compte les spécificités de l’apiculture
L’expérience de ces dernières années montre que les critères comptables retenus pour pouvoir bénéficier des soutiens publics n’ont pas toujours été opérationnels pour les apiculteurs, et nombreux sont ceux qui sont passés au travers des dispositifs sécheresse précédents dans des situations moins graves qu’aujourd’hui. Il ne faudrait pas reproduire ces erreurs. Rappelons si nécessaire que devant la concurrence mondiale à bas prix le nombre d’apiculteurs de Paca diminue déjà inexorablement depuis le milieu des années 90. Si rien n’était entrepris avec sérieux pour aider les apiculteurs, les effets du climat pourraient avoir pour conséquence une grave remise en question de la filière. Le Modef demande que dans tous les départements de la région Paca, les spécificités de l’apiculture soient réellement étudiées et prises en compte, que ce soit en terme d’instauration de dispositif de soutien (sécheresse, agri environnement dans le cadre du FEADER), comme de critères d’aides adaptés.