Le point de vue d’Isabelle, viticultrice en cave particulière à Sarrians (Vaucluse)
« Je m’appelle Isabelle, j’ai 32 ans, je me suis installée en GAEC avec mes parents en 2001, depuis ils sont à la retraite. Je n’ai pas de salarié permanent et je cultive sur 18 ha des vignes de cuve AOC Ventoux vendus en coopérative, des raisins de table, des cerises, et sur 5 ha des vignes de cuve AOC Côtes du Rhône Vacqueyras. Lors de mon installation, j’ai créé une petite cave particulière pour vinifier moi-même mes côtes du Rhône, en minimisant au maximum les frais, mais il m’a fallu tout de même réaliser un emprunt. Par ailleurs, j’ai contractualisé un CAD qui porte sur la lutte raisonnée et l’enherbement de mes cultures, accompagné d’un soutien financier à la réalisation d’un gîte rural. Avec le marasme qui affecte le marché viticole, depuis mon installation je vends mon vin au compte goutte. Ma récolte 2005 a même été vendue en frais, n’ayant plus de cuve disponible pour la vinifier.
Je me fais beaucoup de soucis lorsque je vois l’évolution de l’agriculture en France. J’étais contre l’Europe, du moins celle qui a été décidée, ou rien n’est égal et ne peut être égal. Je suis contre la mondialisation, elle est en train de tuer notre économie, mais le contexte est tel que sans mesure gouvernementale il faut subir et résister, mais jusqu’à quand et comment ?
Produire devient trop cher, les charges liées au travail sont de plus en plus lourdes, le travail administratif également, « cahiers des charges, dossiers OP,… »
Pour être compétitifs, depuis des années mes parents se sont battus et je continue en élaborant des produits de qualité, mais la qualité a un coût. Les prix de revient augmentent, malgré cela les prix de vente baissent, les revenus s’effondrent, ils sont divisés par deux depuis l’année dernière. Je travaille minimum 50 heures par semaine, l’exploitation gagne à peine le SMIC, une fois les charges d’exploitation payées, que reste t-il pour vivre ?
On nous fait miroiter des aides, mais ce sont des miroirs aux alouettes. Les subventions profitent à de grosses exploitations régies souvent par des financiers ou des personnes bien placées dans l’administration qui sont avantagées et prioritaires.
Je ne veux pas mentir, ce que je demande c’est de pouvoir vivre de mon travail. Malheureusement l’avenir n’est pas encourageant. Je trouve regrettable que l’agriculteur aujourd’hui ne puisse survivre qu’au travers des subventions. Si l’Europe décidait d’arrêter d’un seul coup cet assistanat, on meurt tous et franchement je crois que c’est voulu, seuls les plus forts s’en sortiront, contrairement aux 80% de petites exploitations comme la mienne".