Les premières propositions agricoles émanant des discussions préparatoires au Grenelle de l’environnement ont été rendues publiques.
Si la plupart des objectifs agri environnementaux mis en avant par les rédacteurs de ces premières propositions recueillent l’adhésion la plus large (réduction et meilleure sécurisation de l’utilisation des pesticides et engrais pour les cultures conventionnelles, accroissement des surfaces cultivées en bio, amélioration de la gestion de la ressource en eau, réhabilitation des sols dégradés par les cultures intensives, sauvegarde du foncier agricole, maîtrise énergétique des exploitations, création d’un label de certification environnementale des exploitations, effort de formation,….) deux questions centrales ne lassent pourtant pas d’inquiéter sérieusement, à savoir celle des Ogm, et celle - déterminante - des moyens à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs fixés dans une perspective durable sans porter atteinte aux petites et moyennes exploitations.
Les moyens d’une véritable politique agri environnementale durable
La question des moyens à la hauteur des enjeux pour mener à bien les objectifs envisagés reste absente des propositions et c’est bien là tout le problème.
L’agriculture française est encore constituée en majorité de petites et moyennes exploitations. Près de 50% des exploitants ne dégagent pas un revenu supérieur au SMIC. 25% sont au niveau du Rmi. Qui peut en toute honnêteté penser que cet aspect décisif soit neutre en matière agri environnementale ?
Va-t-on laisser au « marché libre et non faussé » le soin de résoudre les problèmes agri environnementaux ? On a vu jusqu’ici ce que cette logique, non encore poussée à son terme, a eu comme effet sur l’environnement, avec son cortége de disparition et de concentration des exploitations, de désertification des espaces les moins « rentables » avec un processus inquiétant de banalisation des milieux naturels. et à l’opposé d’épuisement des ressources et de la biodiversité dans les espaces qui concentrent l’agriculture intensive, sans parler des risques d’incendies croissants, ou de la remise en cause des nappes phréatiques du fait de l’arrêt de l’irrigation traditionnelle.
Le maintien des petites et moyennes exploitations est au cœur du sujet
La réussite de toute politique agri environnementale durable passe par le maintien en activité des petites et moyennes exploitations, seules à même d’occuper tout le territoire sans concentrer les effets de l’agro industrie sur une même zone. Ajoutons que les déficits en produits alimentaires de la France se creusant du fait des délocalisations, de nombreuses petites et moyennes exploitations sont la garantie de l’indépendance et de la sécurité alimentaire de la nation.
Encore faut il les aider à se maintenir et à se moderniser pour leur permettre de répondre pleinement aux nécessités agri environnementales. Le principe pollueur payeur qui constitue le fil rouge du grenelle de l’environnement, est totalement inadapté à la réalité, dans la mesure où les exploitations productivistes et agro industrielles n’auront pas à en souffrir économiquement, tandis que la majorité des petites et moyennes exploitations ne seront pas en capacité de faire face aux dépenses correspondantes sans disparaître ou se concentrer, alimentant un véritable cercle vicieux de plus en plus coûteux pour la collectivité. En apparence de bon sens, le principe pollueur payeur revient de fait à instaurer un droit à polluer ne changeant rien pour l’environnement. Pourquoi dès lors ne pas plutôt instaurer une taxe réellement structurante qui s’en prenne aux causes du productivisme et pas à ses effets ?
Les multinationales de l’agrobusiness, le grand négoce ou la grande distribution, ou encore les banques tirent largement parti de la concentration et du productivisme et l’alimentent quand elles ne l’accélèrent pas. Ne serait ce pas là que des ressources justes et efficaces pourraient être trouvées pour financer les besoins des petites et moyennes exploitations et plus largement ceux d’une réelle politique agri environnementale? Bruxelles et les Etats européens ne doivent ils pas par ailleurs y consacrer une part beaucoup plus importante de leur budget dans le même souci de justice et d’efficacité? Les Contrats Territoriaux d’Exploitation avaient ouvert la voie dans cette direction, et leur abandon constitue un choix désastreux. Ne faut il pas réfléchir à leur remise en route quitte à les améliorer ?
La question des Ogm toujours dans le flou.
En ce qui concerne les Ogm, laisser la possibilité de pratiquer des recherches en milieu ouvert est absolument contradictoire avec l’indispensable principe de précaution tant que des recherches sérieuses et abouties n’auront pas été menées en milieu confiné sur l’innocuité des Ogm sur l’environnement (dissémination des pollens, atteintes à l’intégrité des sols,…)
Or, pourquoi ce principe de simple bon sens - appliqué rappelons le de manière très stricte par exemple pour les productions pharmaceutiques, ces dernières devant être testées durant une longue période probatoire avant d’obtenir l’autorisation de mise sur le marché – ne serait il pas valable pour les Ogm ?
Les recherches actuellement menées sur les Organismes Génétiquement Modifiés en milieu ouvert ne sont pas conduites en vue de tester leurs effets sur l’environnement, mais bien plutôt afin de mesurer l’efficacité et la profitabilité des variétés Ogm mises au point en vue de leur commercialisation par les grands groupes.
Au stade actuel des connaissances, répondre à l’exigence de précaution signifie l’interdiction des recherches en plein champ et la mise en oeuvre de recherches fondamentales non soumises à la pression de la rentabilité immédiate. Il faut pour cela des moyens humains et financiers et une maîtrise publique qui font aujourd’hui pour l’essentiel largement défaut.