Bruxelles a présenté en juin dernier son projet ultralibéral de réforme de l’OCM viticole. En raison de désaccords des principaux pays viticoles européens portant « sur le calendrier d’arrachage de 400 000 ha de vignoble », et « sur le fait que ce sont les viticulteurs qui décideront eux-mêmes de l’arrachage et que les Etats membres n’auront pas la maîtrise des zones à arracher », la réforme définitive ne sera rendue publique qu’en janvier prochain au lieu de l’automne 2006, vient d’annoncer la commissaire européenne à l’agriculture Mariann Fischer Boel.
Le Modef de Vaucluse tient à affirmer que ce qui est présenté comme un recul de Bruxelles, n’est en fait qu’une péripétie, le contenu du projet de réforme ultralibéral de l’OCM n’étant pas lui même mis en cause.
L’aménagement du calendrier d’arrachage ou la détermination des zones à arracher ne changera absolument rien sur le fond. Le plan d’arrachage massif prévu par la commission va porter avant tout sur les petits et moyens viticulteurs et briser les coopératives viticoles. Il favorisera en France et en Europe les agro industriels du vin et le grand négoce. Alors que la demande mondiale en vin continue de progresser, en particulier dans les pays émergents, ce plan d’arrachage est un véritable gâchis qui va bénéficier à une concurrence qui n’attendait que ça pour accroître sa présence sur le marché.
Mais au delà de ce plan d’arrachage le Modef de Vaucluse tient à attirer une nouvelle fois l’attention de l’opinion sur le grave danger que fait porter à la viticulture le contenu global du projet de la commission. Ce dernier ne concerne pas que la destruction massive de 400 000 ha de vignoble, il organise l’alignement par le bas de la production française et européenne sur les pratiques concurrentielles du nouveau monde.
Le projet prévoit ainsi une remise en cause majeure des AOC, dernière protection des vignerons face à la mondialisation libérale, notamment par l’utilisation des copeaux, la possibilité d’utiliser des moûts importés, la fin des droits de plantation et de la distillation de crise qui livrent de fait la viticulture nationale et européenne aux seules lois du marché et ouvrent la porte à tous les déséquilibres. La remise en question des AOC existantes et le remplacement des « petites » appellations par des vins de cépages et de marque répondent avant tout aux besoins du négoce et de la grande distribution et se traduiront par de nouvelles délocalisations massives futures de la production, avec toutes les conséquences à attendre en matière d’emploi, de territoires et d’environnement.
Afin de s’assurer qu’aucune opposition ne puisse aboutir à remettre en cause la cohérence de cette réforme, le projet propose de dessaisir le Conseil européen (assemblée des chefs d’Etat) de la capacité qui lui était jusqu’ici dévolue d’approbation ou non des pratiques œnologiques de l’union, pour la transférer entre les mains de la commission elle-même.
Le Modef de Vaucluse s’oppose à ce projet et réaffirme ses propositions pour le maintien d’une viticulture familiale de qualité :
- Suppression du plan d’arrachage et affectation des 2,4 milliards d’euro correspondants au soutien à la production
- Maintien de la distillation de crise avec les moyens correspondants pour que les viticulteurs gardent leur revenu.
- Maintien du périmètre et des critères de l’AOC et élargissement de ces derniers à toute la communauté européenne
- Interdiction des copeaux et des moûts importés
- Maintien des droits de plantation et contrôles stricts des surfaces viticoles dans tous les pays européens
- Interdiction des vins de marque. Les vins de cépage ne doivent pas remettre en cause les AOC.
- Maintien et application de la préférence communautaire
- Les marges abusives des gros négociants et de la grande distribution (60% du marché du vin en France) pèsent de plus en plus lourdement sur les prix à la production et freinent la consommation nationale. La grande distribution doit prendre sa part à l’assainissement des marchés, il faut pour cela instaurer un coefficient multiplicateur viticole. Cet outil qui ne coûte pas un centime à la collectivité serait par ailleurs déterminant pour participer à prévenir les crises.
- Sortie de l’agriculture de l’OMC
La France possède avec les AOC une sécurité pour le consommateur, un immense atout commercial, une véritable locomotive pour l’ensemble de la viticulture nationale, un point d’appui décisif pour prospecter et gagner des marchés dans le monde. Alors que le marché mondial du vin se développe, les pouvoirs publics ne doivent pas démissionner devant la pression des lobbies agro industriels mondiaux du vin et doivent donner aux vignerons français les moyens de faire connaître et apprécier leur travail grâce à une politique nationale et européenne de soutien à la promotion et à « l’éducation » au vin sans commune mesure avec ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui.
L’heure est grave. L’avenir de la viticulture nationale, de milliers de vignerons et de territoires entiers est en jeu. Avant toute décision engageant la France sur le projet de réforme de l’OCM viticole, le Modef de Vaucluse demande aux pouvoirs publics la convocation d’une conférence nationale viticole réunissant tous les acteurs concernés en vue d’établir un mémorandum des propositions françaises pour une viticulture familiale prospère et moderne, suivie d’un débat et d’un vote au parlement.
Le Modef de Vaucluse