La crise de la salade se poursuit. Après une légère remontée des prix à la production début février, hausse toutefois insuffisante pour couvrir les prix de revient, les cours plongent de nouveau depuis le 12 février. Face à l’inertie des pouvoirs publics, les responsables du Modef de Vaucluse et des Bouches du Rhône ont immédiatement réagi en organisant une action commune.
Les cours chutent de nouveau
C’est avec un sentiment de colère que les producteurs de salade voient de nouveau les cours chuter, colère d’autant plus justifiée que depuis maintenant un mois leurs produits ne se sont jamais vendus au dessus des prix de revient, situés à 30 centimes pièce en moyenne.
Le prix des laitues et batavias de 1ère catégorie payé au producteur se situait à 25 centimes pièce le 11 février. Il a atteint 20 centimes le 14 février, et continuait à baisser à 18 centimes le 15.
Les prix au consommateur ne bougent pas
Malgré l’effondrement des cours les prix affichés dans les rayons de la grande distribution n’ont pas varié : autour d’un euro pièce en moyenne, bien souvent sur des produits, non pas de 1ère catégorie, mais de mauvaise qualité.
Alors que les marges représentent 5 à 10 fois le prix payé au producteur et que dans l’immense majorité des cas il n’y a pas d’autre intermédiaire entre le producteur et le consommateur que la grande distribution, la question se pose de savoir où va cet argent.
Le Modef réagit
Dès l’annonce de la nouvelle plongée des cours, Modef de Vaucluse et des Bouches du Rhône ont immédiatement décidé de réagir en organisant le 14 févier une opération vérité des prix, et en demandant en urgence une audience au Préfet.
Une trentaine de producteurs ont investi successivement les rayons fruits et légumes de 2 grandes enseignes de la région avignonnaise pour y acheter des salades. Le but de cette opération était de porter ces achats tickets de caisse à l’appui au Préfet de Vaucluse afin que celui-ci puisse de lui-même constater la réalité des marges abusives pratiquées par les grandes enseignes.
Ils ont profité de l’occasion pour remplir le panier destiné au Préfet de courgettes, aubergines, fraises, haricots verts et coco, tomates, pois gourmands, brocolis, épinards, salades, poivrons, artichauts importés d’Espagne ou du Maroc, ou encore de poireaux de Belgique qui inondaient les rayons des 2 magasins visités.
Une délégation reçue en préfecture
La délégation de producteurs conduite par Marianne Bonebeau, présidente du Modef de Vaucluse et Daniel Roche, président du Modef des Bouches du Rhône a été reçue par le directeur de cabinet du Préfet, accompagné du directeur adjoint de la DDAF.
Après avoir fait constater les marges scandaleuses pratiquées sur les salades, les représentants du Modef ont demandé la mise en place immédiate du coefficient multiplicateur prévu par la loi, « une mesure simple qui permettrait de faire remonter les prix au producteur et baisser les prix au consommateur ».
La réponse des représentants de l’Etat a été qu’ils transmettraient cette demande au ministre de l’agriculture, tout en indiquant que le « coefficient multiplicateur est plus efficace comme arme de dissuasion dans les négociations des producteurs avec la grande distribution que comme outil réel ». Une réponse totalement insatisfaisante qui s’apparente à de la provocation alors que les producteurs disparaissent les uns après les autres et que des millions de français n’ont plus les moyens d’acheter de fruits et légumes. « Le coefficient multiplicateur est inscrit dans la loi depuis 2005 et sa prétendue menace n’a à aucun moment permis d’éviter les graves crises qui se sont succédées depuis ou de faire baisser les prix au consommateur. Encore moins dans la crise que traverse actuellement la salade » ont argumenté les membres de la délégation.
Le grave problème des importations
Les syndicalistes ont ensuite abordé, de nouveau preuve à l’appui, la question des importations massives de produits à bas prix. « Ces importations posent un triple problème » ont-ils insisté : « celui de la concurrence déloyale imposée aux producteurs locaux en terme de prix », « mais également celui des normes phytosanitaires moins exigeantes dans les pays qui nous vendent ces produits, ce qui pose un très grave enjeu de santé publique » et enfin « celui du fait que ces importations n’aboutissent pas à faire baisser les prix au consommateur »
« 400 produits phytosanitaires dangereux pour la santé ou l’environnement ont à juste titre été interdits depuis plusieurs années en France » ont indiqué les membres de la délégation, « mais ils continuent d’être autorisés en Espagne ». « Cela signifie non seulement des contraintes de travail plus élevées mais aussi des coûts de production supérieurs de 40% pour les producteurs français, aggravant encore la concurrence déloyale des produits importés »
« Mais cela met également en péril la santé des consommateurs » ont expliqué les représentants syndicaux, pour exiger au nom des risques sanitaires des mesures immédiates de suspension des importations intra et extracommunautaires tant que les normes phytosanitaires françaises ne seront pas respectées et pour demander que les passe droits phytosanitaires de certains pays comme l’Espagne au sein de la communauté soient immédiatement remis en cause.
Les représentants de l’Etat ont indiqué que les pouvoirs publics étaient en train de travailler sur ce sujet et qu’ils transmettraient la demande du Modef au Ministre de l’agriculture.