Une baisse de la consommation
Portée par la vogue du « naturel » et par les bienfaits du « régime méditerranéen » pour la santé, la consommation d’huile d’olive par les ménages français a littéralement explosé entre la fin des années 80 et le début des années 2000, passant de 23 000 à 110 000 tonnes par an. Un mouvement identique a durant cette période caractérisé l’ensemble du marché européen, et depuis le milieu des années 90 le marché mondial.
Au début des années 2000 les prévisionnistes envisageaient pour la période 2000-2010 une progression toujours soutenue de la demande française et européenne. Or, depuis 2002-2003 on assiste au contraire à un net renversement de tendance, essentiellement du fait de la baisse du pouvoir d’achat, une majorité de consommateurs - notamment de condition modeste, mais aussi au delà - se reportant sur des huiles ou graisses de moindre prix.
Cette baisse récente de la demande affecte la France et tous les pays européens sans exception, y compris ceux du sud à forte tradition de consommation d’huile d’olive (Espagne, Italie, Grèce, Portugal,…) comme ceux du nord (Allemagne, Royaume Uni, pays scandinaves), moindres consommateurs mais réputés au pouvoir d’achat plus élevé. A contrario, les marchés nord américains et japonais - certes moins importants en volume - continuent pour leur part d’enregistrer des croissances soutenues.
La France est ultra déficitaire
La France est plus que largement déficitaire en huile d’olive. Les 20 000 producteurs et les quelques 180 moulins situés dans les régions françaises de production (PACA, 76% de la production nationale, Languedoc, 16%, Rhône Alpes, 7%, Corse, 1%), couvraient à peine plus de 4% de la demande nationale en 2003 (4500 tonnes), tandis que les importations en provenance d’Espagne (50%), d’Italie (35%) et de Grèce (15%), essentiellement portées par les grands groupes multinationaux du secteur des huiles alimentaires et par la grande distribution, se partageaient à cette date plus de 90 % du marché.
Le plan de relance initié en 1997 (aides à la plantation) a certes permis une certaine amélioration de la situation (+1500 à 2000 tonnes/an en moyenne), mais la production française n’a pas profité pleinement de la très forte progression de la demande qui s’est poursuivie jusqu’au début des années 2000. 9 ans après le plan de relance, la production nationale ne couvre aujourd’hui avec 4500/5000 tonnes pas plus de 5% de la demande intérieure, ce qui représente certes une progression en parts de marché, mais une certaine stagnation en volume, du moins en dessous des potentialités offertes. Et le constat reste dans le contexte actuel d’extension des problèmes de pouvoir d’achat des ménages celui d’une force de pénétration écrasante des productions étrangères « bas de gamme » à bas prix.
Une inquiétude sur les prix à la production
Les tensions entre une demande en baisse et une offre européenne d’huile d’olive importante détermine pour la première fois depuis l’été 2006 un effondrement des prix à la production sur les places de référence italiennes ou espagnoles (-5 à -20%). Même si il faut prendre en compte les niveaux de prix élevés atteints jusqu’ici et les facteurs d’ordre bioclimatique (l’olive est une production extrêmement fluctuante d’une année sur l’autre), il ne faudrait pas que ce mouvement se confirme, sous peine de porter de graves coups aux petits et moyens producteurs.
Dans ce contexte, l’accord signé en 2004 par la société Terroirs Oléicoles de France - structure de commercialisation d’huile d’olive qui regroupe 10 des plus gros moulins de Provence et pèse au total 30% de la production française - avec le groupe Lesieur pour la fourniture d’huile de Provence à des prix inférieurs de 10% à ceux du marché, constitue un précédent inquiétant.
Dans le même esprit, les réflexions stratégiques en cours de la grande distribution (mise en avant des marques propres bas de gamme à bas prix pour relever les ventes, réduction de la diversité de l’offre) ainsi que celles des grands opérateurs (mélanges d’huiles pour diminuer les prix de revient) ne sont pas non plus faits pour rassurer.
Et la création prévue en 2010 de l’espace de libre échange euro méditerranéen, en libéralisant totalement le marché ne pourra avoir d’autre effet que de précipiter la tendance.
Quel avenir ?
Les principaux atouts français pour se maintenir face à la baisse de la demande et conquérir des parts de marché restent la qualité et les marchés de proximité, pour lesquels la création des 4 AOC régionales Provence, Corse, Pays d’Oc et Nîmes devrait servir de fer de lance. Depuis la création des AOC Nyons, les Baux, Haute Provence, pays d’Aix et Nice, les huiles d’olive françaises sous signe officiel de qualité ont en effet réussi à augmenter leurs ventes en volume de près de 30%, ce qui montre tout le potentiel existant dans ce domaine. A condition que tout le monde joue le jeu.
Même si nombre de producteurs français peuvent trouver avec les 4 nouvelles AOC régionales un outil pour se développer, l’objectif ambitieux affiché par la profession d’un doublement de la production française d’ici 2010 paraît cependant pour le moins optimiste.
Au-delà des difficultés actuelles du marché, la récente directive européenne sur l’huile d’olive (2004) a beau instituer une politique d’aide à la qualité, elle ne s’attaque pas à la toute puissance des multinationales et de l’agro industrie sur le secteur oléicole et assouplit au contraire les contraintes réglementaires en ce qui concerne l’étiquetage des produits. Si la baisse des prix se confirmait, les soutiens à la qualité pourraient ainsi rapidement se transformer en soutiens à l’agrandissement et à la concentration de la production, dans une Europe du sud déjà largement engagée dans cette voie (méga fusions de coopératives en cours en Andalousie), mais aussi en France.
La production française d’huile d’olive est composée en immense majorité de petits exploitants. La concentration, contraire à l’esprit des AOC comme à la réalité des terroirs n’a aucun avenir dans notre pays. L’huile d’olive est par ailleurs un vecteur favorable unanimement reconnu en matière de santé. Ne faudrait il pas réorienter les soutiens de Bruxelles en faveur des petits producteurs afin de les aider à se moderniser, arrêter toute libéralisation de l’espace euro méditerranéen, accompagner le développement des petits producteurs par une politique de promotion de la qualité et d’aide aux circuits courts beaucoup plus vigoureuse (notamment en matière de restauration collective), et faire reculer la main mise de la grande distribution et des multinationales sur le marché par la mise en place du coefficient multiplicateur ?