Dimanche 26 novembre 2006
Le droit au travail
des éleveurs reconnu
L’éleveur de moutons savoyard qui était poursuivi en justice par un promeneur mordu par un de ses chiens « patou », alors qu’il passait à proximité du troupeau, a été
relaxé début novembre 2006 par le tribunal de Saint Jean de Maurienne.
Le jugement du tribunal indique qu’il n’y a aucunement faute pénale de l’éleveur, les chiens patous étant rendus obligatoires par la réglementation afin de pouvoir protéger
les troupeaux contre les attaques du loup.
Les fédérations Modef de la région Paca et de l’ensemble de l’arc alpin se réjouissent pleinement de ce jugement, qui n’est que justice pour l’éleveur concerné et qui reconnaît à
juste titre, au-delà du collègue relaxé, le droit imprescriptible au travail de tous les éleveurs face à la pression grandissante des usages de la montagne.
Les patous ne sont pas des « bons gros toutous »
Rappelons que malgré leur aspect sympathique (voir photo ci-dessus), les chiens de troupeau de race « patou » sont choisis par les éleveurs pour leur redoutable capacité
à s’interposer en toutes circonstances entre les meutes de loup et les troupeaux et pour les empêcher de s’en prendre aux brebis.
Dressés en effet dès leur plus jeune âge pour s’identifier en toute circonstance à une brebis du troupeau qu’ils auront à défendre, ces chiens passent tout leur temps avec le
troupeau, nuit et jour, l’éleveur étant présent ou non, et quelque soit l’intrus s’approchant des animaux d’élevage, il s’interposera alors vigoureusement sans aucun répit, jusqu’à la fuite de ce
dernier.
Les fédérations Modef de Paca et de l’arc alpin avaient alerté dès le départ les pouvoirs publics sur les dangers que faisaient courir aux usagers de la montagne ces chiens de
protection rendus obligatoires dans les zones de présence avérée du loup, et également de plus en plus utilisés à titre préventif dans l’ensemble des zones pastorales alpines.
Suite à l’incident heureusement sans grave conséquence du promeneur mordu en Savoie, évènement qui ne peut que se reproduire, le Modef renouvelle donc les propositions qu’il avait
déjà émises dès 2002, propositions très rarement (hormis dans certains parcs nationaux) suivies d’effet jusqu’ici :
- Protection du loup ou pas, face à l’expansion grandissante
des usagers et des usages de la montagne, il faut une grande politique publique d’éducation et de sensibilisation au respect du travail des éleveurs et bergers (ne déranger en aucune
circonstance les troupeaux, respecter les clôtures et les aménagements pastoraux, et désormais se prémunir des attaques de chiens patous)
- Le Modef demande aux pouvoirs publics le déblocage de moyens conséquents
pour la mise en place de vastes campagnes d’information grand public (panneaux dans les localités, dans la nature et aux abords des zones pastorales, dépliants, intervention auprès des
scolaires, information dans les médias, gares, syndicats d’initiative, hébergements…) appellant les usagers de la montagne à respecter en toute circonstance le travail des éleveurs, leur
rappelant leurs droits et leurs devoirs, ainsi que les graves dangers qu’ils peuvent courir avec les chiens de protection des troupeaux et les consignes à respecter en leur présence.

Depuis 3 ans, le Modef Paca demandait la possibilité pour les éleveurs de se défendre en cas d’attaque du loup, à la fois pour tranquilliser les éleveurs mais aussi pour dissuader les loups de s’approcher des troupeaux. En 2005, les pouvoirs publics avaient déjà fait un premier pas dans cette direction en autorisant les tirs d’effarouchement et de défense, mais selon des critères de mise en œuvre très restrictifs. Suite à la demande de l’ensemble des organisations professionnelles agricoles, les ministres de l’Écologie et de l’Agriculture viennent de publier le 1er juin un nouvel arrêté apportant d’importantes améliorations par rapport au dispositif mis en place l’an dernier.
Après une longue phase de concertation avec les éleveurs à laquelle le Modef a pleinement participé et pu faire prendre en compte un certain nombre de propositions, le ministère de l’agriculture a mis en place le « contrat de protection des troupeaux contre les attaques du loup », dite aussi « mesure t ».