FEDERATION REGIONALE DES SYNDICATS D'EXPLOITANTS AGRICOLES FAMILIAUX MODEF
PROVENCE
ALPES
CÔTE D'AZUR
Alors que la crise financière étend ses ravages au système bancaire européen et que
se profile une grave récession économique, Daniel Roche, Président du Modef paca répond à nos questions sur les conséquences de cette crise en agriculture et apporte des
propositions.
Que vous inspire la grave crise spéculative mondiale que nous connaissons actuellement ?
Privilégier les marchés financiers au détriment du productif est une grave erreur et on voit aujourd'hui dans quelle situation catastrophique cela mène. Cela fait des années que le Modef dénonce la dérégulation des marchés agricoles destinée à les placer sous la main mise des marchés financiers et des grandes multinationales de l'agrobusiness et de la distribution. Ces choix politiques, mis en œuvre avec quelques variantes par tous les gouvernements français depuis 1983 et par Bruxelles depuis 1992 ont abouti à une explosion de la spéculation boursière sur les matières premières agricoles avec les conséquences dramatiques pour les éleveurs et les consommateurs que l'on connait aujourd'hui dans le secteur des céréales par exemple. D'un autre côté la grande distribution s'est vue offrir un cadre législatif sur mesure pour spéculer à tout va sur les produits agricoles et alimentaires, aboutissant à privilégier les importations au détriment de la production locale avec des conséquences incalculables sur l'ensemble des paysans et sur les consommateurs. Quand nous dénoncions ces orientations et faisions des propositions sérieuses pour en sortir que ne nous a-t-on pas traité de ringards et de passéistes ! Les preuves concrètes sont aujourd'hui là pour montrer combien le Modef a eu raison de combattre cette logique spéculative et financière infernale. Et combien il est indispensable de continuer à le faire aujourd'hui.
Quelles sont les répercussions immédiates de la crise financière sur les paysans ?
La principale préoccupation porte sur le crédit bancaire. Cela fait déjà quelques temps que les banques sont de plus en plus dures pour accorder des crédits aux producteurs et la crise financière aggrave la situation dans ce domaine. On en ressent les conséquences sur les crédits court terme de trésorerie pour les petites et moyennes exploitations, distribués au compte goutte sur des critères de plus en plus sélectifs. Les banques, en particulier le crédit agricole constituaient encore jusqu'ici un outil permettant à la grande majorité des paysans d'amortir les chocs liés à l'évolution de plus en plus volatile des marchés agricoles, mais cela est en passe d'être remis en question. Dans un contexte de baisse des prix à la production, des milliers de paysans risquent de ne pas s'en relever.
Quelles propositions faites-vous ?
Les pouvoirs publics annoncent privilégier le crédit aux entreprises, mais il n'y a rien de concret. Nous demandons des mesures immédiates allant dans ce sens. D'autre part, cela ne suffira pas. La crise spéculative montre qu'il faut changer d'orientation dans l'utilisation de l'argent des banques. Recapitaliser les banques avec l'argent public pour essuyer les pertes colossales dues à la spéculation d'accord, mais pas pour continuer dans la même voie et reproduire les mêmes erreurs. Ce qui se passe avec la privatisation en cours de la Poste est éclairant. Au lieu de défendre l'économie réelle on continue de privilégier la financiarisation et les intérêts particuliers de quelques grands spéculateurs. La leçon de la crise actuelle n'est toujours pas tirée en haut lieu. Notre crainte en agriculture est qu'on aille rapidement vers un système bancaire qui privilégie l'agro industrie mondialisée, voire l'agro finance, c'est-à-dire des exploitations qui spéculent elles mêmes sur les marchés comme on commence à en voir dans le bassin parisien.
Si au lieu de flamber des sommes colossales dans la spéculation on avait développé le productif agricole on en serait pas à la crise qui ravage aujourd'hui le système bancaire et menace de s'étendre à toute l'économie. On n'en serait pas à la crise alimentaire.
Au lieu de continuer à privilégier le spéculatif, nous demandons au contraire d'investir massivement dans le productif agricole à base familiale. Nous exigeons que les banques assurent pour l'heure les prêts de trésorerie à des taux bonifiés. C'est la préoccupation immédiate pour assurer la survie des exploitations.
Mais nous exigeons également de revoir les critères d'attribution pour les prêts de moyen/long terme et de maintenir et renforcer la bonification pour ces derniers, alors qu'elle est aujourd'hui menacée, comme par exemple pour les prêts d'installation ou les CUMA. Les besoins de modernisation sont colossaux pour répondre aux exigences d'un développement agricole durable et sortir du modèle agro industriel, pour maintenir et développer une agriculture familiale respectueuse de l'environnement et des consommateurs, pour rééquilibrer les territoires. Les critères de rentabilité du tout financier en favorisant l'agro business et les délocalisations empêchent d'aller dans cette voie et participent au final à gaspiller l'argent dans des activités stériles et à alimenter les crises financières et alimentaires. Il est d'autant plus important de modifier la donne bancaire dans notre secteur d'activité qu'on touche ici à la souveraineté et à la sécurité alimentaire et à la nécessité de répondre au défi d'assurer les besoins vitaux de l'humanité. Pourquoi ne pas aller vers une maîtrise publique et citoyenne du crédit bancaire pour être en mesure d'assurer ces missions d'intérêt général ?